Le réseau de santé ARèS 92 non plus !

A l’heure où l’hôpital doit être rentable, l’AP-HP n’hésite pas à se séparer de médecins travaillant à la coordination entre la ville et l’hôpital et à l’accès aux soins des plus démunis. Ces derniers temps, à l’hôpital public, on ne remplaçait pas les départs en congés ou en retraite, maintenant on licencie ! En commençant par les activités non comptabilisables, puisque l’hôpital doit être géré comme une entreprise, bien que les licenciements économiques n’existent pas dans la fonction publique (l’hôpital comme l’école publique ne sont pas censés faire faillite car ils doivent continuer d’assurer leurs missions… ).

Après avoir convoqué début juillet les 9 médecins et le chirurgien-dentiste du réseau de santé d’accès aux soins ARèS 92 (sida-addictions-précarité) pour leur signifier la suppression de leurs vacations faites au titre du réseau, la directrice de l’hôpital Louis-Mourier, qui justifie cette décision par « le déficit abyssal » de l’hôpital et ne se préoccupant pas de l’avis contraire du CCM (le comité des médecins de l’hôpital, qui avait voté contre cette suppression, à l’unanimité moins une voix) envoie maintenant des lettres pour mettre en acte ces renvois.

Début août, 4 médecins ont reçu ces avis : il s’agit des médecins qui étaient par ailleurs en poste à l’hôpital, 3 s’occupant de patients vivant avec le VIH (dont une à temps plein) et le 4ème à mi-temps auprès des patients usagers de drogue (ECIMUD). Il leur est signifié qu’ils doivent diminuer leur temps de travail de la part réalisée pour ARèS 92 (10% d’équivalent temps plein pour chacun) et ont un mois pour accepter ou non. S’ils refusent, on leur proposera un temps équivalent sur un autre poste, peut-être dans un autre établissement de l’AP-HP, et si cela ne leur convient pas, ils perdront la totalité de leur contrat.
Une 5ème médecin a un poste au centre d’IVG de l’hôpital. Elle pourrait y effectuer cette part de contrat perdue avec la suppression de la consultation d’accès aux soins faite pour ARèS 92, mais cela remettrait en cause l’intégration d’une jeune médecin dans l’équipe du centre d’IVG (et cela ne résoudrait pas le problème de la disparition de la consultation à la Maison de la Solidarité de Gennevilliers, où les patients sont adressés aux professionnels de santé de ville en attendant l’ouverture de leurs droits, ce qui allège directement le travail des urgences de l’hôpital).
Les 4 autres médecins et le chirurgien-dentiste coordinateurs du réseau ARèS92 seront directement licenciés, ayant chacun une vacation payée par l’hôpital, qui avait passé convention avec le réseau ARèS 92 il y a presque de 20 ans.

On sait que la situation des vacataires à l’hôpital public est fragile et que ce statut est amené à disparaître, et d’autres médecins vacataires sont menacés dans tous les hôpitaux de l’AP-HP. On peut se poser des questions sur l’intérêt de faire des économies en supprimant de si petits postes, et en interrompant ainsi des activités reconnues par la communauté médicale autour et à l’intérieur de l’hôpital, qui dans le cas d’ARèS 92 contribuent à la régularisation des droits de patients vivant en conditions difficiles et candidats à de lourds problèmes de santé habituellement traités par l’hôpital…

La mobilisation autour du réseau de santé ARèS 92 est vive : plus de 300 signatures ont été collectées au bas de la pétition « Accès aux soins, ne pas détruire la collaboration ville hôpital. Non au licenciement des médecins généralistes et dentistes vacataires à l’hôpital », signatures de professionnels de santé, d’associations, d’élus, de militants et de citoyens. Un article est paru dans le journal « Marianne » n°692 : « Plus de soins pour les précaires » ; un communiqué a été réalisé par l’Agence de Presse Médicale « Protestations après le licenciement de 10 médecins d’un réseau de santé-précarité dans les Hauts-de-Seine »; des élus, des associations et des syndicats ont écrit à la directrice, à la direction de l’AP-HP, à la Direction Générale de la Santé et à l’ARS pour s’insurger de l’absence de reconnaissance du problème de l’accès aux soins des personnes en situation de précarité.

Car c’est bien là le problème : l’hôpital public n’est pas une entreprise, il a des missions d’intérêt général et se doit d’être à la disposition de tous les citoyens, et en particulier des plus démunis. L’hôpital Louis-Mourier avait la chance d’être au centre d’un des plus anciens réseaux de santé (créé en 1992 et appelé au départ « réseau ville-hôpital ») constitué par des professionnels et des associations pour développer une pratique proche des patients, qui facilite la coordination des soins et développe la prévention et l’information. Ce réseau comme d’autres a été à l’origine d’une culture de soins qui encourage l’évolution des pratiques vers plus de communication et une meilleure prise en compte des besoins des patients. Les médecins et le chirurgien-dentiste du réseau, dont l’action de coordination est menacée, en sont les représentants et leur résistance témoigne de l’action de tous les professionnels et les citoyens qui souhaitent contribuer à un système de santé à la fois efficace et accessible aux plus fragiles.

Pétition Journée du COREVIH Ile de France Ouest 2010